Rentable ou efficace
Un des commentateurs de l’article sur les fonctionnaires s’interroge sur les effets d’une gestion »rentable ». Il utilise ici un reproche souvent fait par ceux qui se considèrent comme les défenseurs du service public. Ceux-ci n’auraient en effet pas à être rentable par nature.
En réalité, ce qui devrait être un devoir sacré pour un service public, c’est de rechercher la meilleure utilisation des deniers de l’Etat, donc la plus grande efficacité possible.
La théorie économique (et la pratique le confirme) montre que la concurrence pousse les entreprises à être de plus en plus efficaces. Dans un système sans concurrence ou avec une concurrence irréelle (par exemple en cas d’entente entre les acteurs), les entreprises peuvent ne rien changer dans leur pratique. Dans un système concurrentiel, si une entreprise gagne en productivité, les autres sont obligées de progresser elles aussi pour survivre. Une entreprise privée dont les dépenses sont supérieures aux recettes finit par faire faillite. Si une entreprise est provisoirement dans cette situation, ses dirigeants vont se remuer les méninges pour réduire les dépenses et / ou augmenter les recettes. S’ils n’y arrivent pas, ils font faillite. Dans un article récent, econoclaste citait une étude américaine qui montrait que 10% des gains de productivité provenaient des progrès réalisés à l’intérieur des entreprises et 90% du remplacement d’entreprises ancienne par des entreprises nouvelles plus efficaces.
En France sous prétexte de protéger les salariés, nous essayons d’empêcher ce système. Au lieu de sécuriser les salariés (en accompagnant leur reconversion par exemple, nous cherchons à sécuriser les emplois. Le résultat, c’est plus de chômage que nos voisins.
Dans le secteur public, rien n’empêche en théorie de faire progresser la productivité. Nous l’avons fait à peu près correctement pendant les trente glorieuses. Mais nous avons abandonné cette pratique aujourd’hui. La plupart des syndicats de fonctionnaires semblent n’avoir comme seule obsession la création de postes. Et l’idée de productivité est un mot tabou.
Une petite histoire vécue pour illustrer mon propos. Dans un hôpital, une étude sur le travail des secrétaires médicales montre qu’il y a un écart de 1 à 4 dans la charge de travail par secrétaire selon les services. Lors de la présentation de l’étude, les trois secrétaires du service le moins chargé admettent publiquement qu’il y en a effectivement probablement une de trop (la réalité était sans doute 2 de trop, mais c’était déjà là une belle avancée. Dans le même temps évidemment, les secrétaires les plus chargées (dans le service avec la charge de 4) étaient débordées. Et bien le chef de service concerné, patron de la CME par ailleurs, qui voulait garder l’image d’un patron de service important, a réussi à garder ses trois secrétaires. Et on en a embauché une supplémentaire pour le service le plus chargé.
Le refus de tout progrès de productivité se traduit par un grand immobilisme. La réponse de Bercy consiste à freiner au maximum toutes créations d’emplois là où la charge augmente, pour compenser le fait qu’il est très difficile de supprimer des postes là où la charge diminue. C’est ainsi que le rapport Pébereau peut montrer que les effectifs des douanes, du ministère des anciens combattants ou de l’agriculture ne baissent pas ou à peine. De même les dépenses dans le primaire, les collèges ou les lycées sont plus fortes que chez nos voisins quand les universités sont sous équipées. Et il est probable que le nombre de fonctionnaires par habitant est beaucoup plus élevé dans les départements qui se dépeuplent comme la creuse que dans ceux en forte croissance comme la Seine et Marne.
Le fait de refuser les gains de productivité n’empêche évidemment pas les syndicats de fonctionnaires de réclamer des augmentations de niveau de vie. On a donc ce résultat incroyable dans notre pays que ce sont ceux qui ne font pas de gains de productivité qui voient leur rémunération augmenter quand ceux qui en font beaucoup sont de plus en plus à la traîne !
Cela ne peut évidemment continuer éternellement. Incontestablement, il est juste de demander aux agents des services de l’Etat ou des collectivités territoriales de contribuer à la recherche de gains de productivité, à la mise en place de méthodes de travail plus efficace. Ce n’est pas une question de rentabilité. C’est une question de devoir vis-à-vis de l’ensemble de la Nation.