Affrontement programmé
C’était la semaine dernière le 45ème anniversaire de la manifestation du 17 octobre 1961, organisée par le FLN et réprimée dans le sang par la police dirigée par Maurice Papon. Qu’il y ait eu 30 ou 300 morts ne change pas le caractère dramatique de l’événement.
A l’époque, les policiers étaient extrêmement remontés contre les algériens, en raison de plusieurs attentats dont 22 des leurs avaient été victimes dans les mois auparavant. Cela n’excuse évidemment pas ce qui s’est passé mais cela interpelle sur ce que nous sommes en train de vivre, 25 ans plus tard.
Si la révolte des banlieues de l’automne 2005 a fini par se calmer, aucune de ses causes n’ont disparues, les problèmes restent entiers. De nombreux jeunes de banlieues, en particulier issus de l’immigration, confronté à un chômage massif, enfermés dans leur cité, subissant 5 fois par jour des contrôles d’identités, ont le sentiment de n’être ni respectés ni reconnus.
De leur coté, les policiers, jeunes souvent, qui essaient tant bien que mal de faire respecter la loi républicaine et qui se font régulièrement caillasser par des jeunes qui jouent aux palestiniens, ne peuvent que constater le rejet des forces représentants l’Etat.
Dans une formule assassine, un de mes amis me faisait remarquer que la présidentielle de 2002 avait été marquée par le tabassage d’un vieillard passé en boucle à la télévision et que celle de 2007 risquait de l’être par celle de policiers dans la même situation, et il en déduisait que N Sarkozy n’avait pas à être fier de son bilan : le respect pour la police a baissé en 5 ans.
On sait qui tirerait les marrons du feu : le borgne de St Cloud que les sondeurs d’opinion imaginent assez bien à 22 ou 23% à la présidentielle. Un simple indice : les deux blogs qui se disputent la première place des blogs politiques sur mon serveur sont tous les deux d’extrême droite.
La police avait réussi à maîtriser les émeutes de 2005 sans bavures, ce qui est tout à son honneur. Toutes les forces sont en train de se conjuguer pour des affrontements bien pires demain. Non que je crois à la théorie du complot, mais simplement les logiques d’intérêt respectives des dealers, de Chirac et Villepin, des intégristes musulmans, juifs ou autres, de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, poussent toutes dans le même sens. Que Sarkozy soit ou non le vainqueur ou la victime d’éventuels drames, n’est pas le sujet le plus important : c’est notre pays qui en pâtirait.
J’entendais ce dimanche Christian Blanc évoquer la situation qu’il avait trouvé en 1988 en Nouvelle Calédonie : une même situation d’affrontement. Alors que tout le monde analysait le problème en pour ou contre l’indépendance, lui avait compris qu’il était d’abord question d’identité d’une communauté qui avait tout simplement besoin d’être reconnue.
Entre les jeunes des banlieues et les policiers, il y a aujourd’hui le même problème : des deux cotés, un besoin de reconnaissance !
Les jeunes générations qui composent les forces de police et les bandes de banlieue sont en train de payer au prix fort la note que la génération précédente leur a légué, comme le raconte B Spitz dans le Papy krach.
A eux et à nous de choisir : des affrontements de plus en plus nombreux et de plus en plus dramatiques ou la mise en œuvre de réformes difficiles mais qui nous mettrons sur les rails. En 1988, Michel Rocard et Christian Blanc avaient permis à JM Tjibaou et Jacques Lafleur de choisir la voie de la paix. De la même manière, en 1994, Christian Blanc avait permis dans un référendum, aux salariés de faire le choix d’un plan ambitieux qui les sauvait de la faillite. J’aimerais évidemment que le même homme soit celui qui permette aux français d’éviter le mur vers lequel ils se précipitent et de se redonner la possibilité d’inventer aujourd’hui et dans 10 ou 20 ans l’avenir de leur pays ;
Mais si ce n’est pas lui, qui ?