Libération et le PS
Le Monde daté de ce vendredi signale les interventions faites par plusieurs leaders socialistes pour défendre ce journal et son ancrage à gauche.
La presse quotidienne traverse une crise grave, liée d’une part à la montée en puissance des autres médias, d’autre part à l’arrivée des journaux gratuits. Libération, étant le plus fragile et le plus concurrencé par les 20minutes et autres Métro, est dans une situation gravissime (la diffusion ne cesse de baisser, passée de 174 310 en 2001 à 140 334 en 2005). Celle-ci s’est déjà traduite par le départ de Serge July en juin. Pour faire face à ses pertes (13 millions d’euros prévus pour 2006 !), deux projets sont envisagés, l’un par la direction générale de l’entreprise et son principal actionnaire arrivé en janvier 2005, Edmond de Rothschild (38,87% des parts), l’autre par la Société civile des personnel de Libération ( SCPL, également actionnaire avec 18.45% ) avec l’aide d’Edwy Plenel. Le premier prévoit plus de 100 départs sur les 280 salariés que compte le journal, le second une cinquantaine seulement.
Dans un climat de crise, les simplifications dominent, le plan de la direction générale étant accusé de sacrifier la ligne du journal (alors que De Rothschild se défend d’intervenir sur la ligne éditoriale) et de ne chercher que l’intérêt financier de celui ci, celui du personnel de faire un pari irréaliste sur la croissance de la diffusion et de la pub. Un audit mené par François le Hodey, préconise le plan de la direction. Edwy Plenel préconise de rendre payant l’accès Internet du journal (comme le fait le Monde. Etant utilisateur de ce service, je me suis toujours demandé pourquoi Libération prenait ainsi le risque d’encourager ses lecteurs à ne plus acheter son journal.)
Les salariés organisent ce samedi 11 novembre une journée « portes ouvertes », pour alerter l’opinion publique. Une pétition « Libération doit vivre » a été lancée par un sénateur PRG et des élus du même parti ainsi que du PS. Elle appelle le premier ministre à intervenir.
Et c’est là que j’avoue que j’ai parfois du mal à comprendre certains raisonnements : en clair, cette pétition (qui rejoint des déclarations de JM Ayrault et A Montebourg) consiste ni plus ni moins à demander au gouvernement, pour sauver le journal, de choisir entre les deux plans, celui de la rédaction. Mais n’est ce pas une ingérence inadmissible dans la vie d’un journal, complètement attentatoire à la liberté de la presse. De quel droit le gouvernement se prévaudrait il pour choisir un actionnaire (accepté à la quasi unanimité il n’y a pas 2 ans par la rédaction) plutôt qu’un autre, un plan plutôt qu’un autre ?
Cette appel est en fait la reconnaissance que le plan de la SCPL et de Plenel, peut être plus viable que ne le prétend Mr de Rothschild, est certainement économiquement hautement risqué.
Arnaud Montebourg, qui n’en loupe pas une, déclare « comme par hasard, un projet qui cherche à sauver le journal en affichant une ligne éditoriale de gauche, ouvertement anti-Sarkozy, et en garantissant l’indépendance rédactionnelle, ne trouve pas d’argent ». Il rajoute que ce blocage est le résultat « de l’activisme des amis de Sarkozy »
En clair, Sarkozy empêche les financiers d’apporter leur aide !
Ne viendrait il pas à l’esprit du député de Saône et Loire, que peu de personnes ont envie de mettre de l’argent dans un journal qui a mangé en 1 an et demi les 20 millions d’euro apporté début 2005 par Rothschild, sur un projet qui ne prévoit de réduire les pertes que partiellement (de 10 millions par an) ? Et qu’il n’est pas besoin de pression de Sarkozy pour les en dissuader ?
Voilà, il nous faut 6 (ou 10 ou 15) millions d’euros, et si tout va bien, on n’en aura mangé que 3 d’ici un an. Et il n’est pas question que nous acceptions un plan d’économies qui ne nous plairait pas, pas plus que nous avons accepté celui de l’actionnaire principal précédent. C’est attractif pour un capitaliste, non ?
Il est vrai que c’est tellement plus simple de reporter la faute sur le gouvernement !
Pourquoi le député socialiste ne propose t’il pas à chacun de ses camarades députés et sénateurs de donner 10 ou 20 000 euros chacun et de les apporter au projet qu’il a à cœur ? Qu’on ne me dise pas que ces élus sont des smicards !
Que les salariés de Libération tentent ce qu’ils peuvent pour sauver leur journal et leur emploi, on le comprend, qu’on pense ou non que la voie qu’ils suivent est la bonne.
Que des élus du peuple qui aspirent aux plus hautes responsabilités sortent des âneries par simple logique électoraliste, est ce acceptable ?
En attendant, Libération est très proche du dépôt de bilan. Il ne survit que parce qu’il a été autorisé à ne pas payer pour l’instant ses factures du troisième trimestre ! Il est plus que temps que les différents actionnaires trouvent un terrain d’entente pour essayer de sauver ce qui peut l’être.