Faire de la politique autrement
Ségolène Royal a placé sa campagne sous le signe d’un renouvellement de la relation entre les élus et les citoyens. La côte qu’elle obtient dans les sondages semble montrer qu’il s’agit d’un pari gagnant. Est-ce à dire cependant que c’est cela qu’attendent les Français ?
Nos concitoyens n’ont plus confiance dans leur classe politique. La montée de l’abstention ou du vote extrême l’ont déjà montré, l’enquête du CEVIPOF également. On peut imaginer des modifications dans les règles de la démocratie. Nos élus sont aussi invités à changer de comportement. Ils ont cru un moment qu’il suffisait d’être sur le terrain, s’en se rendre compte que cette idée maintenait une attitude paternaliste qui est une des causes de leur désaveu.
On peut identifier 4 attentes, éventuellement contradictoires, des citoyens, vis-à-vis de leurs élus :
1) des services et avantages individuels immédiats
2) Des résultats dans le traitement des problèmes de leur responsabilité
3) Une relation renouvelée
4) Une possibilité de participer
Reprenons chacun de ses points.
1) Le premier est assez simple, il est la marque de toute méthode de clientélisme. Il s’agit d’obtenir des avantages catégoriels, des passes droits, des services particulier de toutes sortes. C’est parce qu’ils répondent prioritairement à cette attente que des élus qui ne mettent jamais les pieds à l’Assemblée Nationale sont réélus. C’et ainsi qu’André Delelis, à l’époque maire de Lens a pu être le seul député socialiste à être élu au premier tour en 1981. Il ne savait pas où était son siège dans l’hémicycle mais il savait serrer des mains à toutes les réunions associatives et boire un coup (il faut dire qu’il avait commencé comme représentant en vins !). C’est ainsi que des Balkany, des Mellick ou demain un Carignon sont réélus après avoir été condamnés par la justice.
2) Pour expliquer le deuxième, je vais commencer par raconter une histoire arrivée à l’un de mes collègues. Celui-ci a été détaché pendant environ un an chez un de nos clients comme DRH Europe intérimaire. Il a eu ainsi l’occasion de rencontrer lors d’une réunion officielle, des responsables syndicaux européens du groupe. Lors de cette réunion, il a dit systématiquement non à toutes les demandes formulées par les syndicalistes, en expliquant pourquoi. A la fin de la réunion, les syndicalistes ont demandé à parler à un dirigeant de l’entreprise pour lui demander d’embaucher mon collègue. Les raisons sont simples et elles illustrent mes points 2 et 3 : ils estimaient d’une part qu’ils avaient en face d’eux quelqu’un de réellement compétent et celui-ci avait eu une attitude dialogue, non parce qu’il disait oui, mais parce qu’il expliquait franchement et clairement sa position, dans une logique de respect de l’interlocuteur. Mais le terme compétent ne reflète pas bien mon deuxième point ? Ce qu’attendent les français, c’est que les gouvernants fassent bien leur boulot de gouvernant, comme les salariés attendent de leur patron qu’il fasse bien leur travail de patron. Pour cela, il faut bien sûr qu’ils soient compétents, mais ce n’est pas le critère d’évaluation. Le critère d’évaluation c’est le résultat. Or, sur au moins un problème, celui du chômage, cela fait une génération que les gouvernements successifs n’atteignent pas les résultats attendus. Ils ont beau dire qu’ils ont pris des mesures et dépensés de l’argent, ce qui compte, c’est le résultat.
3) Mon troisième point, qu’a compris seulement partiellement Ségolène Royal, c’est l’attitude. Les français ne veulent pas qu’on les prenne de haut, mais qu’on s’adresse à eux de plain pied, comme le dit Alain de Vulpian. Ce qu’un Jacques Chirac a toujours su mieux faire qu’un Balladur ou un Juppé. Mais ce n’est pas qu’une question de simplicité. Les français n’aiment pas non plus qu’on les prenne pour des billes et qu’on leur fasse avaler des couleuvres. Ils veulent qu’on leur parle vrai, ce qui a toujours contribué à la côte de popularité d’un Michel Rocard par exemple.
4) Mon dernier point concerne la demande de participation. Roland Cayrol expliquait lors d’un colloque de l’Ami Public en 2003 que les français voulaient avoir la possibilité de donner leur avis et qu’il soit pris en compte, sans se sentir obliger d’exercer cette possibilité.
Ces attentes sont toutes quatre partagées par les français, mais pas forcément les quatre par chaque français, qui pourra être plus sensible à 1, 2 ou 3 de ces questions.
A l’opposé de ces attentes, et en particulier de la deuxième, les politiques donnent le sentiment de rechercher le pouvoir pour le pouvoir et non pour un projet de société, pour être utile à leur pays. Le documentaire récent sur J Chirac a montré à quel point cette caractéristique s’appliquait à notre Président.