Emploi des seniors
Ce lundi, je dois intervenir dans un colloque sur l’emploi des seniors. Et je me demande bien ce que je vais pouvoir raconter. Non pas que je ne connaisse rien au sujet, mais je crains que la question soit doublement mal posée.
D’une part, le colloque étant organisé par une personnalité politique, la tentation sera grande de chercher à savoir ce que peut faire le pouvoir dans ce domaine.
D’autre part, les questions posées pour lancer la table ronde sentent bon le politiquement correct ou la tarte à la crème, la plus classique dans le genre étant « la valeur ajoutée des seniors dans l’entreprise : la transmission des savoirs ».
Resituons le problème : le financement des retraites, dans le cadre d’un allongement permanent de l’espérance de vie, ne peut se régler de façon satisfaisante que par un allongement de la durée de cotisations, le report de l’âge de la retraite. Le fait que les plus de 60 ans appartenaient à des classes creuses a permis pendant longtemps de plus ou moins ignorer le problème. Encore que : la loi Balladur pour le privé date de 1993. Mais on a continué à utiliser les pré retraites à tour de bras. Donc l’âge de la retraite a été repoussé partiellement par la loi Fillon en 2003 et on devra certainement aller plus loin.
Or on constate que les seniors au chômage ont le plus grand mal à retrouver du travail. Les enquêtes sur la discrimination montrent que les seniors sont ceux qui décrochent le moins d’entretien d’embauche, moins que les immigrés, moins que les handicapés ou les femmes. Si le taux de chômage des seniors est plus faible que la moyenne, on le doit au fait que 400 000 plus de 57 ans sont dispensées de recherche d’emploi.
C’est sans doute tout cela qui sera expliqué lors de la table ronde du matin. En plus détaillé bien sûr, puisqu’il faut bien « tenir » 2 heures !
Donc l’après midi, je devrais dire que l’idée que les seniors doivent transmettre leurs savoir faire est , sauf rares exceptions, un pur fantasme. C’est plutôt le contraire qui est vrai : trop souvent, les seniors ne sont plus dans le coup. Parce que les jeunes sont plus formés et qu’ils sont à jour des dernières nouveautés technologiques. Parce que trop de seniors sont restés longtemps sur la même activité et la conçoivent comme ils l’ont découvertes il y a 10 ou 20 ans. Regardez comment J Chirac est incapable de comprendre que l’attente des citoyens vis-à-vis du politique a changé ! A cela, il y a des solutions qui ont été intégrées dans l’accord interprofessionnel sur la formation et repris dans une loi. Bernard Quintreau, dont le rapport au conseil économique et social est à l’origine de cet accord sera d’ailleurs là pour le dire 100 fois mieux que moi.
Et donc je me contenterais de donner ce conseil que j’ai déjà présenté ici, pour les seniors qui cherchent du travail : parlez de l’avenir, parlez de l’avenir, parlez de l’avenir. Et pour ceux qui ont un travail : suivez, anticipez le changement de votre métier, pensez encore évolution de carrière.
Mais tout cela est affaire de management et d’utilisation par les salariés de leurs droits, en particulier pour le DIF. Cela ne concerne guère l’Etat ni la loi.
La question posée à l’Etat est d’abord celle du volume de l’emploi, donc celui de la croissance. En effet, il peut être utile d’éviter que les seniors se retrouvent systématiquement au bout de la file d’attente des chercheurs d’emploi. Mais ce qui sera le plus efficace, et ce sur quoi l’Etat peut agir, c’est de diminuer la file d’attente par une économie plus dynamique.
Mais je rappellerai que l’Etat est aussi un employeur. Et qu’il serait bon qu’il donne l’exemple dans son fonctionnement, pour favoriser la mobilité dans ses services (il y a du travail !), pour donner à ses agents la possibilité de se former et de prendre en charge leur carrière, pour de vrais bilans de compétences et des entretiens d’évaluations, enfin pour appliquer ce qu’il y a dans l’accord interprofessionnel.
Et puisque sera évoqué la question du coût des seniors, je dirais qu’une personne qui a 15 ou 20 ans d’ancienneté dans une fonction n’est généralement pas plus compétente que celle qui en a 10. Et que le système de progression d’indice à l’ancienneté au-delà de 10 ans dans la fonction n’est donc pas légitime.
Je sens que je vais me faire des copains !