Pourquoi moderniser ?
Un commentaire à l’article sur la tribune Blanc/Bockel/Lambert pose la question de l’intérêt de moderniser notre pays. Il m’a semblé que ce sujet méritait plus qu’un commentaire en réponse.
Nous avons connu depuis 1974 une rupture forte avec l’apparition d’un chômage durable et massif. Cette réalité a pu cacher à certains observateurs d’autres modifications profondes
A la même période en effet, le modèle de croissance par le progrès technique et par les économies d’échelle a été remis en cause dans certaines industries puis progressivement dans l’ensemble de l’économie. Jusqu’alors, il suffisait de produire de plus en plus pour répondre à une demande stimulée par les mécanismes keynésiens. Et de rester dans la tradition d’Henri Ford dont les clients pouvaient acheter une voiture de n’importe quelle couleur, pourvu qu’elle soit noire. L’abondance d’offre a fait gagner ceux qui étaient capables à la fois de garantir la qualité, de baisser les coûts et de multiplier les choix et les modèles. C’est à dire ceux qui ont su passer du taylorisme au toyotisme.
Progressivement, le changement a touché tous les secteurs les uns après les autres ?. Ceux qui ont su faire les progrès nécessaires et s’adapter, comme Arcelor, Renault et Peugeot sont toujours là. Les autres ont tout simplement disparu. Les gains de productivité ont été massifs, de 10% par an pendant des années dans l’automobile. Les banques et les assurances ont informatisé massivement leurs back offices et ont réduit drastiquement les effectifs correspondants.
Dans le même temps, les services de l’Etat, de la santé ou des collectivités territoriales ont également changé. Ceux qui ont l’occasion de se faire faire un passeport ou de faire leur déclaration d’impôt sur Internet ont pu le constater. Mais ce changement a été lent, très lent, trop lent. Il demandait et demande toujours une énergie considérable. Michel Rocard a lancé la réflexion sur les retraites et il a fallu 15 ans pour arriver à la loi Fillon, que le PS veut supprimer. Le même Rocard a lancé la réforme de l’Etat et on en est quinze ans après au tout début.
Les syndicats ont exigé le remplacement un pour un des départs, malgré l’informatisation ou la disparition de certaines missions. On n’imagine toujours pas de faire plus sans augmenter les moyens. Le résultat est flagrant : les dépenses de l’Etat dépassent de 20% ses recettes.
Pendant ce temps, nos voisins ont presque tous bougé. Les Suédois et les Finlandais ont baissé de 10% leurs prélèvements obligatoires entre 94 et 98. Les Italiens ont réformé l’organisation de l’Etat sous l’égide de Prodi en 1996, pour pouvoir répondre aux critères de Maastricht. La plupart de nos voisins ont regroupé massivement leurs communes, évitant d’avoir besoin de créer des communautés d’agglomérations et de multiplier les niveaux administratifs.
Le résultat est simple : de 1994 à 2005, seuls 3 pays parmi les 15 de l’UE ont vu leur dette augmenter : la France (celle qui l’a le plus augmentée) l’Allemagne et la Grèce. Les autres l’ont au contraire diminuée, certain très fortement
Les pays qui ont aujourd’hui le plus fort taux de chômage parmi les 15 ? la France, l’Allemagne et la Grèce. Les mêmes !
La génération née entre 44 et 50 a profité du système, y compris aux dépens de ceux qui la suivent. Elle lègue une dette importante (3 ans d’impôts) et un déficit qui ne sert qu’à financer le fonctionnement. Les dépenses vont croître mécaniquement avec le vieillissement de la population et ses conséquences en terme de santé et de retraite.
La reprise en cours va donner provisoirement un peu d’oxygène, mais sans changement structurel, nous allons avoir beaucoup de mal à tenir à l’intérieur des critères de Maastricht. Dans 2, 3 ou 4 ans, nous nous trouverons dans une situation financière inacceptable. Aujourd’hui, l’Europe ne peut réellement( nous sanctionner car nous sommes à la limite des critères et surtout parce que l’Allemagne et dans la même situation que nous. Demain, ce ne sera plus le cas. Nous serons seuls avec nos anomalies. Nos voisins nous imposerons, dans les pires conditions, ce que nous n’aurons pas eu le courage de faire avant. Ce jour là, oui, ce sera la catastrophe. Elle est pour bientôt. Et nous ne pourrons pas dire « nous ne savions pas »