Sarko démago
J’avais prévu de parler de l’Education nationale, à partir de discussions et de faits recueillis la semaine dernière. Les propos de Sarkozy, tels que les relatent Le Monde ne peuvent pourtant me laisser indifférent. Non pas que je sois opposé aux idées de droit à la formation tout au long de la vie ou que je veuille défendre l’absence de sélection à l’université qui envoie des étudiants par milliers dans des filières sans aucun débouché, mais la description qu’il fait du fonctionnement de l’école aujourd’hui n’est qu’une caricature. Comme je l’ai déjà écrit en commentaire chez Koz, le fait de se lever pour le professeur, je ne l’ai pas vécu en classe avant mai 68 mais j’ai pu le constater dans un documentaire sur l’école beaucoup plus récent. Et faire croire que les professeurs ne sont pas assez exigeants quand ils passent leur temps à dire que le niveau baisse et à noter ‘peut mieux faire », c’est se tromper de diagnostic.
Le discours démagogique de Sarkozy sur l’école victime du laxisme, on l’entend depuis longtemps,dans la bouche de plusieurs ministres de droite comme de gauche (quelle différence entre le discours de Sarko aujourd’hui et celui de Chevènement il y a 20 ans ?). Il n’a pas fait avancer d’un pouce la question d’une activité à bout de souffle, qui continue à produire près de 20% de jeunes sans qualification (dont plus de 40% sont encore au chômage après leur sortie) et qui est incapable d’éditer les bulletins de paye de son personnel avec moins de deux mois de retard .
Le discours du ministre de l’intérieur n’avait pas en réalité vocation à trouver des solutions aux maux de l’Education Nationale mais à répondre à l’angoisse des parents qui voient pour beaucoup la course au diplôme comme unique moyen d’éviter le chômage à leurs enfants. Mais qui sont les premiers à faire des recours contre les redoublements décidés par le corps enseignant.
Le phénomène massif du déclassement que connaît une partie des jeunes générations est partiellement la conséquence de l’embouteillage dans des filières sans grands débouchés. Mais il est surtout le résultat de 20 ans de chômage et des pratiques qu’ont développés les entreprises et l’Etat (voir ici)
Pour une fois Ségolène est nettement plus courageuse que le petit Nicolas, elle qui propose que les enseignants passent plus de temps dans leurs établissements et qui s’attaque au problème logistique que cela pose. Aucun des deux ne parle d’une mesure pourtant fondamentale consistant à donner le pouvoir organisationnel et managérial aux chefs d’établissement.
Je voudrais finir sur l’attaque habituelle contre les pédagogues, joyeusement caricaturés par le patron de l’UMP. J’ai eu l’occasion d’expliquer ici que les résultats d’un enseignant étaient plus liés à ses qualités propres qu’à la méthode utilisée. Je voulais aussi raconter un exemple, mais je me suis aperçu que je l’avais déjà fait dans le même article, au point 10
Sur ce, je vais aller me coucher !
PS : d’après Le Monde, Sarkozy aurait aussi proposé de « substituer en partie la taxation des pollutions, en particulier de l’énergie à effet de serre , à la taxation du travail ». On ne lui a pas parlé de la TIPP quand il était ministre des finances ?