Vers le plein emploi? 1
Les Français mettent largement en tête de leurs préoccupations la lutte contre le chômage et estiment que dans ce domaine, l’action du gouvernement n’est pas efficace. Ils ont raison : le chômage s’est installé durablement à 10% des actifs ou au dessus depuis 25 ans. Et, après une période 1998 / 2000 très dynamique, la situation est retombée dans la morosité depuis 2001.
François Mitterrand a dit « contre le chômage, on a tout essayé » et Nicolas Baverez rajoute, « sauf ce qui marche ». Où en est on vraiment ?
Le constat
1) Le nombre de chômeurs, parti de 600 000 en 1974 s’est mis à augmenter inexorablement pour atteindre les 2 000 000 en 1983. Il n’est plus jamais redescendu sous ce chiffre depuis, fluctuant entre 2 200 000 et 3 100 000 selon les périodes. Nous sommes en ce moment un peu au dessus de 2.500 000 chômeurs reconnus.
2) La comptabilisation des chômeurs prête en effet à discussion, certains allant jusqu’à chiffrer à plus de 5 millions ceux qui aimeraient avoir un emploi. La définition d’un chômeur comme étant en recherche active d’emploi laisse par exemple de coté plus de 400 000 personnes entre 57 et 60 ans, qui touchent les Assedic mais sont dispensés de recherche d’emploi.
3) Pour faire face à cette difficulté, il est d’usage d’analyser aussi le taux d’activité de la population en âge de travailler, c'est-à-dire les 15/64 ans. En France, ce taux était en 2004 de 63.1%, en augmentation de 4 points par rapport à 1994 (le chômage était alors de 11.7%)
4) On peut aussi aller plus loin dans l’analyse en regardant d’autres critères et chiffres publiés par Eurostat, comme on l’a fait ici à propos de l’emploi au Royaume Uni. Cependant ces deux premières données permettent déjà d’avoir une bonne compréhension
5) Parmi nos voisins, certains font beaucoup mieux que nous. Avec les mêmes méthodes de mesure que les nôtres, 4 pays de l’UE, comptent moins de 5 % de chômeurs en 2005 : Danemark, Irlande, Pays Bas, Royaume Uni, d’autres sont très peu au dessus. 4 pays ont un taux d’activité des 15/64 ans supérieur à 70% : le Danemark (à 75.7%), les Pays Bas, la Suède et le Royaume Uni.
6) Le chômage massif n’est donc pas inéluctable, et il est inadmissible que la classe politique puisse abandonner l’objectif de revenir au plein emploi.
7) Contrairement à ce que beaucoup imaginent, l’emploi augmente en France sur le long terme. L’augmentation du nombre de fonctionnaires a compensé sur les 20 dernières années la diminution de l’emploi non salarié. Les effectifs salariés privés ont augmentés de près de 3 millions dans la même période. Ces créations nettes d’emplois n’ont cependant pas suffi pour résorber le chômage alors que la population active augmentait régulièrement et que les femmes sont de plus en plus nombreuses à travailler.
8) Les créations d’emploi sont beaucoup plus nombreuses que les créations nettes, puisque des secteurs entiers voient leurs effectifs diminuer : sidérurgie, textile par exemple. Ce phénomène n’est pas nouveau : la diminution massive des populations agricoles et minières n’ont pas empêché les trente glorieuses d’être une époque de plein emploi.
9) L’essentiel des efforts de l’Etat a pourtant porté sur des mesures de défense de l’emploi. Les politiques ne cessent de proposer des mesures malthusiennes visant à réduire la population active : congé parental, exclusion des immigrés, 35 heures, pré retraites procèdent du même renoncement à la capacité de notre pays de développer de l’emploi.
10) Des moyens considérables sont pourtant affectés à cette question. L’Etat dépense 30 milliards d’euros pour l’emploi, soit pour subventionner certains emplois, soit pour financer la formation ou le placement des chômeurs, soit pour les FNE. C’est le 4ème poste de dépense après l’Education, les intérêts de la dette et la défense nationale. Le budget de l’UNEDIC, basé sur les cotisations employeurs et salariés, qui paye les allocations chômage, est du même ordre de grandeur.
11) La suppression de l’autorisation administrative de licenciement à mi 1986 n’a pas empêché la reprise des créations d’emploi qui avait commencé un peu plus de 6 mois auparavant
12) L’évolution du nombre de chômeurs dans le temps n’a pas été homogène selon les catégories. En particulier, alors que le chômage des hommes d’au moins bac+2 n’a augmenté que de 1% entre 1973 et 1990, il a augmenté dans le même temps de 16,6% pour les femmes faiblement qualifiées.
13) Les mesures pour faire baisser le coût du travail non qualifié ont permis de renverser (provisoirement ?) la tendance.
14) Les théoriciens sont partagés. Certains accusent la politique économique en Europe d’être défavorable à la croissance. D’autres considèrent que le chômage français est dû à un marché du travail insuffisamment flexible. Les débats sur le référendum européen ou sur le CPE ont été l’occasion d’exposer ce type de théories
15) Progressivement l’idée qu’il faut favoriser la mobilité est de plus en plus acceptée. La manière de le faire diffère : pour certains il s’agit par exemple de sécuriser les parcours professionnels, pour d’autres de revoir le droit du travail.
Le chômage est durablement élevé quand certains de nos voisins font nettement mieux
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