longévité politique

Publié le par verel

La rubrique nécrologique du Monde donne parfois des informations très intéressantes. Celle du mercredi 3 janvier nous livre un exemple particulièrement frappant sur la profession d’homme politique, l’implantation dans la durée et dans la diversité des mandats, avec l’annonce du décès d’Albert Denvers, qui illustre la question des députés cumulards.

Albert Denvers était né le 21 février 1905 à Oost Cappel ! Son passage par l’école normale d’Arras lui permet de devenir instituteur en 1924 puis rapidement directeur d’école. Adhérent de la SFIO, il est élu en 1937, à 32 ans,  conseiller général de Gravelines (dans le Nord). Il le restera sans interruption jusqu’en 1985, soit pendant 48 ans ! Il est même président du conseil général du département du Nord pendant les douze dernières années de sa participation à cette assemblée, c'est-à-dire entre l’âge de 68 et celui de 80 ans.

En 1946, il devient sénateur, puis en 1947 maire de Gravelines : il cumule alors 3 mandats électifs. En 1956, il abandonne le mandat de sénateur pour celui de député, qu’il gardera 35 ans, avec une interruption entre 1986 et 1988. Il a donc 83 ans quand il est réélu député pour la dernière fois !

            Maire de Gravelines de 1947 à 1965 puis de 1977 à 1995, (soit au total pendant 36 ans) il abandonne ce dernier mandat à l’âge vénérable de 90 ans !

            Pour bien faire les choses, il fonde et devient président de la communauté urbaine de Dunkerque de 1968 à 1995. Il détient donc en réalité 4 mandats  de 1977 à 1985, soit pendant 8 ans. Pour un homme de son expérience, entre 72 et 80 ans, qu’est ce donc ?

            Tout ceci lui laissant sans doute du temps libre, il s’implique dans le mouvement HLM, fonde et préside deux sociétés de logement social, puis, de 1956 à 1978, l’Union Nationale des fédérations d’organismes HLM !

Comme quoi, nos anciens savaient vivre ! Etre encore à 80 ans président d’un important conseil général, maire d’une ville de plus de 12 000 habitants, président d’une communauté urbaine de 200 000 habitants et de plus député, il faut sans doute savoir déléguer ! Mais j’ai envie de poser une simple question : à votre avis, il y était souvent à l’Assemblée Nationale ?

Il est certain qu’Albert Denvers était un homme de qualité. Il est extrêmement probable que, lui qui a vécu plus de 101 ans, avait toujours bon pied, bon œil et toute sa tête à 90. Mais bon, si on cumule toutes ses années de mandat, cela fait 156 ans ! Et tout cela, ne l’oublions pas, après 15 ans dans l’Education Nationale !

Nota : la commune de Gravelines a sur son territoire 6 tranches de centrales nucléaires, c’est donc une ville riche d’une très confortable taxe professionnelle, du moins à partir des années 80.

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j2n 04/01/2007 15:05

Il n'est pas nécessaire de regarder la rubrique nécrologique pour s'étonner des records de cumul. Comme je l'ai écrit ici, l'Assemblée actuelle est truffée de personnages de la sorte. Quelques exemples frapants avec Pierre Méhaignerie ou Didier Julia qui en sont à leur dixième élection de député. La médaille d'or revient néanmoins à mon avis à Jean Proriol qui en est à son 26ème mandat tout mandats confondus (dont 7 fois député, 1 fois sénateur et 8 fois maire de beauzac 2000 habitants). Il arrive même à cumuler les fonctions à l'assemblée nationale : lisez ici c'est hallucinant.Bref tout ça pour dire encore et encore qu'il est grand temps de rénover la fonction élective. Voir à ce sujet les propositions de l'Institut Montaigne ou d'autres.

verel 04/01/2007 12:28

Les principales lois sur la décentralisation, qui donne un pouvoir beaucoup plus important au président du conseil général datent de 82: Denvers en a donc bénéficié en temps que président du conseil général du Nord, à une époque où il avait 4 mandats (jusqu'en 1985). Comment faisait il?

Vincent Carel 04/01/2007 10:35

Et puis "Assemblée nationale" c'est un bien grand mot pour dire "bureau d'enregristrement des édits présidentiels et bruxellois".

authueil 04/01/2007 10:15

Ca, c'est de la politique à l'ancienne. Dans le Morbihan, on a eu Raymond Marcellin, qui arrivait à être ministre de l'intérieur, maire de Vannes, président du Conseil général.
 
Tout ça, c'était avant la décentralisation !! A cette époque, président de conseil général, c'est un poste honorifique puisque c'est le préfet qui est l'exécutif. Tous ces élus sont entourés de collaborateurs qui leur machent le travail. Leur rôle est de trancher. Ce n'est pas beaucoup de travail (en temps et en effort physique) mais c'est beaucoup de responsabilité.
Aujourd'hui, de tels cumuls ne sont plus souhaitables, vu la charge que représentent des postes exécutifs.