Israël dans une impasse

Publié le par verel

Pour assurer sa sécurité et même sa pérennité, Israël est confronté à deux contraintes majeures:

 

            La petite taille du pays qui ne donne aucune marge de manœuvre militaire. Cette situation pousse les dirigeants à tout faire pour que les conflits se déroulent en dehors du territoire national, ce qui les amène dans de nombreux cas à anticiper les conflits, ou dit autrement à attaquer les premiers: cela a été le cas en 1967 lors de la guerre des 6 jours. L’expérience de la guerre du Kippour lors de laquelle au contraire ce sont les adversaires d’Israël qui ont attaqué les premiers tend à montrer que l’avantage de l’attaque ne suffit pas pour l’instant à inverser le rapport de forces. Dans ce domaine, les évolutions technologiques sont très défavorables à Israël, les armes à longue portée se banalisant au fil du temps, mettant à la disposition de certains clans des armes capables de viser avec précision des installations stratégiques au cœur du pays. C’est d’ailleurs le problème actuellement posé par le Hezbollah.

 

            La multiplicité et la diversité de ses ennemis potentiels: grands ou petits pays, voisins immédiats ou non, semblant de démocratie, monarchie constitutionnelle  où régime de terreur, sans compter les palestiniens et un État du Liban sans autorité et divisé en d’innombrables factions.

 

La manière dont la paix a été négociée avec l’Égypte montre comment peut être construite une paix durable, parce que les deux pays avaient conscience d’avoir tous les deux intérêt à la paix, et parce qu’il a été possible assez facilement de régler les questions territoriales. Il était imaginable de traiter de la même manière avec la Jordanie et le Liban, les dirigeants de ces deux pays ayant  à priori  tout à perdre de la guerre.

 

Avec les palestiniens ou le Hezbollah, le conflit est beaucoup plus difficile à gérer : non seulement le conflit armé ne se déroule pas de manière traditionnelle, mais comment négocier avec une entité dont les limites ne sont pas claires, et qui ne peut donc garantir que ses engagements seront respectés par l’ensemble de ses « troupes »? On a vu lors des dernières élections palestiniennes que le Hamas n’avait pas le même point de vue que le Fatah sur la reconnaissance d’Israël, mais ce problème avait déjà pourri  les relations depuis quelques années, Israël exigeant de la direction de la Palestine d’empêcher les habitants du territoire d’aller commettre des attentats suicides en Israël.

 

Si l’on compare la situation d’Israël aujourd’hui, elle parait moins favorable que celle que ce pays connaissait il y a 20 ou 30 ans.

 

Il y a maintenant deux forces, à l’est, au sud et au nord, qui pratiquent ou peuvent pratiquer une guerre non conventionnelle basée sur les attentats suicides et l’absence de distinction entre civils et combattants. Ces forces s’appuient sur une idéologie (en l’occurrence islamique) qui les rend particulièrement dangereuses et peu sensibles aux logiques traditionnelles pouvant mener à la négociation. Elles disposent ou pourront disposer un jour d’armes à longue portée précises.

 

Les dirigeants des pays voisins ont compris qu’ils pouvaient à peu de frais couvrir les mesures impopulaires qu’ils pratiquent (leur despotisme par exemple) en s’auto désignant comme les adversaires les plus résolus d’Israël, comme l’avait compris Saddam Hussein hier et semble le pratiquer l’Iran aujourd’hui. Si la Syrie reste un adversaire possible, l’Iran semble vouloir aujourd’hui jouer à son tour le jeu de la guerre, sans qu’on sache très bien quelle est la part de volonté réelle dans ce discours.

 

Isrâël n’a donc pas su profiter de ces décennies pour assurer sa pérennité et on peut se demander si le temps ne joue pas contre lui.

 

Pour construire progressivement une relation plus paisible avec ses voisins, Israël a su se doter d’une armée très efficace, souple, adaptable à toutes les situations. Par contre elle n’a pas su se doter d’une diplomatie disposant de la même souplesse, pour saisir les opportunités. L’une des raisons est la démocratie que pratique ce pays, qui par nature retarde les processus de décision mais qui à l‘inverse leur donne plus de légitimité.

 

Mais la principale raison est la mise en place des colonies de peuplement. La présence de ces colonies dans les territoires occupés a conduit à des comportements souvent agressifs et à de fait empêché une négociation « à l’égyptienne », la paix contre la restitution des territoires occupés après 1967. Elle  a fortement contribué à développer une image négative d’Israël en Europe, en mettant en lumière des comportements inadmissibles vis-à-vis des populations avoisinantes de ces colonies.

 

Publié dans International

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autourdesmatins 15/08/2006 18:02

Question perso : vous arrive-t'il parfois de ne pas être certain de quelque chose ?

autourdesmatins 15/08/2006 18:01

Entendu sur le colons, nous sommes donc d'accord.
Mais je ne vois toujours pas quelle opportunité diplomatique Israel a raté ? (vous m'accusez de ne pas vous lire... !)

Verel 12/08/2006 11:24

A autourdesmatinsje ne dis pas que tout est la faute des cvolons, mais l'existence des colonies a évidemment compliqué très fortement la négociation avec les palestiniens!A françois: le gouvernement libanais n'était évidemment pas en position de négocier puisqu'il n'avait pas la maîtrisde de son propre pays. Aujourd'hui, on le voit proposer d'envoyer des troupes dans le sud pour assurer la trève, ce qui montre bien qu'il ne le faisait pas avant!

François Brutsch 07/08/2006 18:56

Chapeau pour être parvenu à publier un billet non polémique sur ce sujet et dans le contexte actuel!Une difficulté que je vois est que l'erreur de la colonisation, du fantasme de "Grand Israël" que tu soulignes est aujourd'hui largement répudiée, mais il me semble que la communauté internationale n'accompagne pas le mouvement comme elle le devrait (alors que ce changement de politique n'arrange pas ceux qui n'ont que faire d'un Etat palestinien démocratique à côté d'Israël mais n'auront de cesse qu'après sa disparition: ils existent bel et bien, chez les Palestiniens, au Hezbollah et en Iran en particulier). Je me souviens de ma sidération devant les réticences exprimées en Europe à l'égard du retrait de Gaza, comme si c'était la dernière monstruosité que Sharon inventait pour opprimer les Palestiniens!En ce qui concerne le Liban, il me semble assez clair que c'est Syrie, et l'absence d'un Etat digne de ce nom, qui a empêché qu'un traité de paix soit conclu comme avec l'Egypte et la Jordanie.

autourdesmatins 07/08/2006 11:02

Pouvez vous préciser quelles opportunités Israël aurait du saisir ?
Croyez-vous une seconde que "tout" soit de la faute des colons ? Y compris la "mauvaise image" que des gens ont relayé ici et là ?